Publié le mercredi 1 avril 2009

Réflexions du fauteuil : le PPP du CHUM en 11 méchantes questions et bonnes réponses

01 04 2009

Voici un PPP réussi. En anglais, PPP (Public Private Partnership) signifie aussi Pure Power Plant. Je viens de comprendre pourquoi les libéraux sont aussi optimistes et Jean Charest si souriant quand il a lancé l’appel de propositions lundi.

 

Le gouvernement a lancé l’appel de propositions aux deux consortiums privés qui pourraient construire le nouveau CHUM en PPP. Je n’y crois pas. Voici pourquoi sous forme de questions et réponses.

Est-ce que ça va coûter moins cher? La réponse est non, parce que même si on croit que la construction par le privé est moins couteuse, la différence sera absorbée par les profits qui vont nécessairement s’ajouter aux coûts.

Est-ce que l’hôpital va être mieux géré? La réponse est non, parce que le ministère de la Santé et la direction du centre hospitalier vont avoir le statut de locataires pendant 30 ans. Il suffit de penser aux raisons pour lesquelles vous êtes devenu propriétaire ou rêvez de l’être pour comprendre que ce n’est pas une bonne idée. Je n’ose pas imaginer les batailles que vont livrer les médecins pour obtenir des équipements de pointe que le propriétaire va leur refuser.

Les services aux patients seront-ils meilleurs? Non justement parce que l’entreprise privée propriétaire ne va pas renouveler les équipements désuets pour ne pas affecter sa rentabilité. Dans 30 ans, si tout va bien, elle va remettre au gouvernement un hôpital bien entretenu avec des équipements du début des années 2000 qu’il va devoir renouveler à grands frais.

Est-ce que le gouvernement a assez d’expérience dans les PPP pour se lancer dans un projet d’aussi grande envergure? Le gouvernement n’a encore aucune expérience dans ce domaine, alors débuter par un projet aussi complexe de 2,5 milliards, c’est carrément suicidaire.

Est-ce que l’hôpital va être terminé en 2018 et avec le budget prévu comme le promet Jean Charest? Depuis des décennies, aucun projet public n’a été terminé selon les échéances et les budgets prévus. Il n’y a aucune chance pour que celui-ci fasse exception si on considère sa complexité et le fait que pendant des années les partenaires du consortium privé et les fonctionnaires du gouvernement vont avoir à négocier quotidiennement pour travailler ensemble. Ma prédiction, c’est que ce ne sera pas terminé avant 2025 au plus tôt et que ça ne ressemblera pas tout à fait à ce qui a été planifié à cause de l’explosion des coûts sur les 15 prochaines années et des compromis que tous les intervenants devront faire pour s’entendre.

Pourquoi le gouvernement continue-t-il sur cette voie? Parce que les Libéraux en ont fait leur crédo depuis 2003 et que Jean Charest et Monique Jérôme-Forget se comportent comme deux idéologues qui ne lâcheront pas le morceau tant qu’ils seront au pouvoir.

Y a-t-il un espoir pour que les choses changent? Oui heureusement. Toute la construction de l’édifice repose sur le financement du projet. Actuellement, à cause de la crise, aucun des deux consortiums qui sont appelés à faire une proposition ne peut obtenir le financement nécessaire. Certains partenaires sont même au bord de la faillite. Tout repose sur l’optimisme de Jean Charest qui espère que nous serons sortis de la crise d’ici un an et que les planètes seront alignées correctement. Je ne crois pas à l’astrologie, alors je prédis (je crois en moi!) que ça n’arrivera pas.

Est-ce que ça pourrait être pire? Oui. Ce qui pourrait se produire, c’est que le gouvernement garantisse les prêts du consortium tout en maintenant intégralement le PPP. Nous aurions alors le pire des deux mondes, aider le propriétaire à financer la construction de l’édifice dont nous serions le locataire. J’ai bien peur que ça se produise parce que le gouvernement a indiqué qu’il était prêt à le faire.

Est-ce que ça pourrait dégénérer encore plus : oui, oui et oui! La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a indiqué hier à l’Assemblée nationale qu’elle pourrait demander à la Caisse de dépôt de financer le consortium qui sera choisi s’il n’est pas capable de trouver lui-même le financement. Notre bas de laine servirait alors à financer une entreprise qui est virtuellement en faillite avant même d’exister, car une compagnie qui n’a pas d’argent est par définition insolvable. Ce n’est pas comme ça que la CDP va récupérer ses pertes de 40 milliards.

Qu’est qui pourrait arriver de mieux? Que les consortiums ne trouvent pas le financement et que le gouvernement écoute l’opposition et la population qui vont sans doute s’opposer que nous les financions parce que ça n’a aucun sens.

Y a-t-il un scénario idéal? Oui. Construire les hôpitaux en mode conventionnel. Si nous ne sommes pas capables comme société de nous doter d'équipements aussi essentiels au bien être des citoyens en comptant sur nos propres moyens, nous sommes mieux de nous vendre tout de suite aux Chinois et de disparaître.

Les PPP sont séduisants sur papier et je crois que cette formule peut être avantageuse pour la construction d’infrastructures comme les routes et les ponts. Mais certainement pas dans le cas d’un hôpital et encore moins si l’entreprise privée n’est pas capable de trouver le financement peu importe le type de projet. Pour que ce soit profitable pour la collectivité, il y a des principes de base qui doivent être respectés et qui sont non négociables.

Lisez un extrait de la présentation de Jean Charest lors du lancement de l'appel de propositions ici: http://lesbulles.monblogue.branchez-vous.com/